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Portrait d'Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi : poète et résistant

Abdellatif Laâbi est l’incarnation même de la résistance intellectuelle et du renouveau poétique au Maroc. Poète majeur, romancier, traducteur et passeur de cultures, il est le premier auteur marocain à avoir reçu le prestigieux prix Goncourt de la poésie en 2009. Fondateur de la mythique revue Souffles dans les années 1960, il a payé de sa liberté son engagement inflexible contre l’oppression et pour la liberté d’expression. Son œuvre magistrale, forgée dans le feu de l’épreuve et habitée par un humanisme universel, demeure un repère éthique et artistique indispensable pour l’ensemble du monde francophone.

Qui est Abdellatif Laâbi ?

Abdellatif Laâbi est un poète, écrivain, traducteur et intellectuel marocain né à Fès. Figure monumentale de la littérature contemporaine, il a profondément transformé le paysage culturel maghrébin en faisant de la poésie une arme de libération et de dignité humaine.

Son parcours est indissociable de son combat pour la liberté de pensée. Après avoir survécu à de longues années d’incarcération politique, il a continué à bâtir une œuvre prolifique et lumineuse. Traduite en de nombreuses langues, sa plume refuse le dogmatisme et célèbre sans relâche la beauté, la fraternité et l’éveil des consciences.

Les débuts

L’enfance d’Abdellatif Laâbi s’écoule dans la médina de Fès, une ville d’art et d’histoire alors sous protectorat français. Issu d’un milieu modeste, il est marqué par la ferveur nationaliste de sa famille et par la découverte précoce de la littérature française, qui devient son moyen d’expression privilégié.

Après des études de lettres françaises à l’Université Mohammed-V de Rabat, il devient enseignant de français. En 1966, il cofonde la revue Souffles avec un collectif de poètes et de peintres. Cette publication d’avant-garde devient rapidement le catalyseur d’une révolution esthétique et politique au Maghreb, bousculant le conservatisme ambiant et le regard postcolonial.

Son engagement politique et culturel au sein du parti d’extrême gauche Ila al-Amame lui vaut d’être arrêté en 1972 pendant les Années de plomb. Torturé, puis condamné à dix ans de prison, il subit huit ans et demi d’enfermement au sinistre pénitencier de Kénitra. Malgré les privations et l’isolement, il écrit clandestinement sur des papiers de fortune, soutenu à distance par son épouse Jocelyne Laâbi et une campagne de solidarité internationale intense. Libéré en 1980, il s’exile en France en 1985, où il entame une carrière d’écrivain à plein temps tout en gardant un lien viscéral avec sa terre natale.

Son œuvre

L’œuvre d’Abdellatif Laâbi navigue avec fluidité entre le cri poétique, le récit autobiographique et le théâtre engagé.

La revue Souffles (1966-1972) : Bien qu’il s’agisse d’une œuvre collective, cette revue demeure l’acte de naissance de la modernité littéraire marocaine, un manifeste pour la décolonisation des esprits.

L’Œil et la Nuit (1969) : Son premier roman expérimental, écrit avant son incarcération, qui rompt radicalement avec le réalisme classique pour explorer les déchirures de l’identité.

Le Chemin des ordalies (1982) : Un récit poignant et indispensable écrit en cellule, qui documente l’expérience de la prison politique, la torture, mais aussi l’incroyable résistance de l’esprit humain.

Chroniques de la citadelle d’exil (1983) : Recueil de lettres et de textes poétiques rédigés en détention, témoignant d’une dignité qui refuse de plier face aux barreaux.

Le Fond de la jarre (2002) : Un roman autobiographique lumineux et tendre, où l’auteur revisite son enfance à Fès à travers les yeux du jeune Namred, offrant une fresque savoureuse de la société marocaine des années 1950.

La Fuite vers Samarkand (2021) : Un recueil poétique crépusculaire et d’une grande lucidité, qui interroge la marche du monde contemporain, la vieillesse et la permanence de l’espoir.

Une voix unique

L’écriture d’Abdellatif Laâbi se distingue par sa mise à nu absolue et son refus de la fioriture. Sa poésie n’est pas une simple recherche esthétique, mais un acte vital, un « cri de cœur » ancré dans le réel. Il utilise la langue française comme un butin de guerre qu’il plie à la sensibilité et aux urgences du monde arabe.

Ses écrits explorent des thématiques récurrentes et universelles :

  • L’expérience carcérale, la dépossession et la résilience
  • L’exil, l’errance et la quête d’une citoyenneté universelle
  • L’amour comme force de résistance face à la barbarie
  • Le rôle et la responsabilité de l’intellectuel face au pouvoir

Il reste une référence car il a su transformer sa souffrance personnelle en un message de paix et de lucidité. Traducteur infatigable, notamment de Mahmoud Darwich, il a également permis au public francophone de découvrir la richesse de la poésie arabe contemporaine.

Son héritage

Abdellatif Laâbi est le père spirituel de la littérature marocaine contestataire et moderne. En montrant qu’un écrivain peut rester fidèle à ses idéaux au prix de sa propre liberté, il a donné un courage immense aux générations suivantes d’auteurs et de journalistes marocains.

En 2026, son influence se perpétue notamment à travers le Prix Abdellatif Laâbi pour la jeune poésie marocaine, qui encourage l’émergence de nouvelles plumes. Son combat pour la démocratie, la laïcité et l’enseignement de la philosophie au Maroc fait de lui une conscience morale respectée, écoutée par tous ceux qui croient en un Maroc pluraliste et tolérant.

Conclusion

Abdellatif Laâbi occupe une place unique et sacrée dans le patrimoine culturel du Maroc. Il est le poète qui a refusé de se taire quand la nuit était la plus sombre. En élevant les luttes de son peuple au rang de poésie universelle, il a prouvé que les mots possèdent le pouvoir d’abattre les murs les plus épais. Toujours actif et passionné, il demeure le gardien de notre dignité collective.

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