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Lionnes de l'Atlas, football féminin marocain

Football féminin marocain, 2022–2027 : d'une révélation africaine à une ambition mondiale

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Finaliste de la CAN féminine en 2022 et 2024, huitième de finaliste de la Coupe du monde 2023 et déjà qualifié pour le Mondial 2027, le Maroc a changé de dimension. La WAFCON 2026 rappelle cependant qu’une progression durable ne se mesure pas seulement aux finales disputées, mais à la capacité de transformer les succès de l’équipe nationale en une véritable culture du football féminin.

Mise à jour : 14 août 2026.

2022 : l’année où le Maroc a commencé à croire

Avant 2022, le Maroc n’était pas considéré comme une grande puissance du football féminin africain. Les Lionnes de l’Atlas n’avaient participé qu’aux éditions 1998 et 2000 de la Coupe d’Afrique des nations féminine, avec un bilan très limité.

La WAFCON 2022, organisée au Maroc, a complètement changé cette perception.

Portée par son public, la sélection marocaine a franchi la phase de groupes, éliminé le Botswana en quart de finale puis battu le Nigeria, grande référence du continent, au terme d’une demi-finale historique décidée aux tirs au but.

La finale perdue 2-1 contre l’Afrique du Sud n’a pas effacé l’essentiel : le Maroc venait d’atteindre sa première finale continentale et de se qualifier pour sa première Coupe du monde féminine. Quatre sélections africaines – Afrique du Sud, Maroc, Zambie et Nigeria – ont obtenu leur billet pour le Mondial 2023 grâce à cette compétition. FIFA

Ce tournoi a produit un changement plus profond qu’un simple résultat sportif. Pour de nombreuses jeunes Marocaines, l’équipe nationale devenait enfin visible, identifiable et accessible. Des joueuses comme Ghizlane Chebbak, Khadija Er-Rmichi, Nouhaila Benzina, Fatima Tagnaout ou Ibtissam Jraidi devenaient des références.

2023 : entrer dans l’histoire mondiale

La Coupe du monde 2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande représentait un saut dans l’inconnu. Pour son premier match dans l’histoire du tournoi, le Maroc a subi une lourde défaite face à l’Allemagne.

Une jeune sélection aurait pu perdre confiance. Elle a fait exactement le contraire.

Les Lionnes de l’Atlas ont battu la Corée du Sud, puis la Colombie, et se sont qualifiées pour les huitièmes de finale dès leur première participation. Elles sont ainsi devenues la première sélection arabe à atteindre la phase à élimination directe d’une Coupe du monde féminine.

L’élimination contre la France n’a pas diminué la portée de cet exploit. Le Maroc avait démontré qu’il pouvait réagir après une défaite, défendre collectivement et gagner sous une pression mondiale. La FIFA a présenté cette qualification historique en huitièmes de finale comme l’aboutissement d’un projet construit, et non comme un simple accident. FIFA

À partir de ce moment, la question n’était plus : « Le Maroc peut-il participer au plus haut niveau ? » Elle devenait : « Comment peut-il s’y installer durablement ? »

2024–2025 : confirmer au lieu de disparaître

La CAN féminine 2024, disputée au Maroc en juillet 2025, constituait un test important. Après une grande Coupe du monde, certaines équipes connaissent un recul. Le Maroc devait prouver que 2022 et 2023 n’étaient pas des moments isolés.

Les Lionnes ont atteint une deuxième finale continentale consécutive. Face au Nigeria, elles ont même mené 2-0 avant de s’incliner 3-2 après le retour spectaculaire des Super Falcons. CAF

Cette défaite fut douloureuse, mais instructive. Elle a montré que le Maroc possédait désormais le niveau pour dominer une finale pendant une partie du match, tout en révélant les progrès encore nécessaires : gestion des temps faibles, profondeur du banc, maîtrise émotionnelle et capacité à conserver un avantage face aux meilleures équipes.

Atteindre deux finales de suite n’est plus une surprise. C’est le signe que le Maroc appartient désormais au premier cercle africain.

WAFCON 2026 : une élimination, mais une qualification essentielle

Lors de la WAFCON 2026, organisée du 25 juillet au 16 août au Maroc, les Lionnes de l’Atlas ont terminé premières de leur groupe avec sept points, deux victoires et un match nul. Pour la première fois, elles ont achevé une phase de groupes de WAFCON sans encaisser de but.

En quart de finale, elles ont battu l’Afrique du Sud 2-1. Cette victoire a assuré leur qualification directe pour la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil. Le Maroc participera donc à son deuxième Mondial consécutif après avoir atteint les huitièmes de finale en 2023. CAF

Le 12 août, le parcours vers une troisième finale consécutive s’est arrêté face au Cameroun. Après un match nul 0-0, les Marocaines se sont inclinées 1-3 aux tirs au but. CAF

Cette élimination est une déception, mais elle ne doit pas masquer trois acquis :

  • une troisième demi-finale continentale consécutive ;
  • une défense devenue plus solide ;
  • une qualification directe pour le Mondial 2027.

Le match pour la troisième place contre l’Algérie, prévu le 15 août, possède également une forte dimension symbolique : deux sélections nord-africaines qualifiées pour la Coupe du monde se rencontrent sur la scène continentale.

Une progression qui dépasse l’équipe première

Le développement marocain ne repose pas uniquement sur les Lionnes de l’Atlas.

Le Maroc a participé pour la première fois à la Coupe du monde féminine U17 en 2022, puis à la Coupe du monde U20 en 2024. Il est également devenu en 2025 le premier pays africain à accueillir la Coupe du monde féminine U17. La FIFA lui a confié l’organisation de cinq éditions successives, créant une occasion rare d’investir durablement dans la formation, les infrastructures et la visibilité du football des jeunes filles. FIFA

Les clubs jouent aussi un rôle essentiel. L’AS FAR a permis à de nombreuses internationales d’évoluer dans un environnement compétitif et de se confronter au plus haut niveau continental. Mais l’avenir ne peut pas dépendre d’un seul club, d’une seule académie ou de quelques joueuses formées à l’étranger.

Les forces du modèle marocain

Plusieurs éléments expliquent cette progression :

Une stratégie assumée

Le football féminin est devenu une priorité institutionnelle, avec une ligue structurée, des sélections de jeunes et davantage de compétitions.

La rencontre entre formation locale et diaspora

Les joueuses formées au Maroc apportent la connaissance du championnat et de la culture locale. Les Marocaines évoluant en Europe apportent d’autres méthodes, un rythme différent et une expérience professionnelle. La complémentarité entre ces parcours constitue une richesse.

L’organisation de grandes compétitions

Accueillir les WAFCON et les Coupes du monde U17 crée des infrastructures, forme des bénévoles et rapproche le public des joueuses.

De nouveaux modèles féminins

Les jeunes filles peuvent désormais reconnaître des capitaines, des gardiennes, des défenseures, des buteuses et des entraîneures. La représentation transforme ce qu’une enfant croit possible.

Le potentiel existe, mais il faut élargir la base

Le Maroc possède le potentiel pour devenir champion d’Afrique et s’installer régulièrement parmi les meilleures sélections mondiales. Mais ce potentiel ne se réalisera pas automatiquement.

La prochaine étape doit être visible dans les quartiers, les écoles et les petites villes.

Il faut notamment :

  • multiplier les équipes féminines accessibles en dehors des grands centres ;
  • créer davantage de compétitions scolaires et universitaires ;
  • former des entraîneures, arbitres et dirigeantes ;
  • améliorer les conditions matérielles et médicales des joueuses ;
  • garantir un calendrier régulier aux jeunes catégories ;
  • mieux médiatiser le championnat national ;
  • accompagner les joueuses dans leurs études et leur reconversion ;
  • lutter contre les préjugés familiaux et sociaux ;
  • développer le futsal féminin comme voie complémentaire ;
  • donner aux clubs locaux les moyens de détecter les talents.

Une jeune fille ne devrait pas devoir attendre une grande compétition internationale pour découvrir qu’un club peut l’accueillir près de chez elle.

Vision 2027 : participer ne suffit plus

La qualification pour le Mondial 2027 est déjà acquise. L’objectif ne peut donc pas être simplement d’aller au Brésil.

Le Maroc doit utiliser les mois à venir pour renouveler progressivement son groupe, augmenter la concurrence à chaque poste et préparer plusieurs scénarios tactiques. L’expérience de 2023 demeure précieuse, mais l’équipe de 2027 devra être plus profonde, plus rapide dans les transitions et plus constante contre les grandes nations.

Une ambition réaliste pourrait se décliner ainsi :

  1. préparer une équipe capable de franchir à nouveau la phase de groupes ;
  2. ne plus dépendre de quelques cadres pour créer et marquer ;
  3. intégrer davantage de joueuses issues des sélections U17 et U20 ;
  4. gagner régulièrement contre les meilleures équipes africaines ;
  5. transformer la visibilité du Mondial en nouvelles inscriptions dans les clubs.

Le véritable succès de 2027 ne se mesurera donc pas uniquement au dernier match disputé au Brésil. Il se mesurera aussi au nombre de filles qui commenceront à jouer au Maroc grâce aux Lionnes.

Du résultat sportif au projet de société

Entre 2022 et 2026, le football féminin marocain est passé de l’espoir à la confirmation : deux finales africaines, trois demi-finales consécutives, un huitième de finale mondial et une deuxième qualification pour la Coupe du monde.

La prochaine étape est plus difficile : transformer une excellente sélection en un mouvement durable.

Cela exige des terrains accessibles, des éducateurs compétents, des clubs solides, une couverture médiatique régulière et un environnement dans lequel une fille peut pratiquer le football sans devoir constamment justifier son choix.

Sur Liqae, le football féminin n’est pas seulement une histoire de scores. C’est une histoire de potentiel, de confiance et de place accordée aux femmes dans l’espace sportif.

Les Lionnes de l’Atlas ont déjà ouvert la porte. Le défi, désormais, est de permettre à des milliers de jeunes Marocaines de la franchir.

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