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Quand apprendre devient un privilège : rendre l'accompagnement scolaire accessible au Maroc

Quand apprendre devient un privilège : rendre l'accompagnement scolaire accessible au Maroc

Au Maroc, l’avenir scolaire d’un enfant dépend encore trop souvent des moyens financiers, du lieu de résidence et du niveau d’instruction de sa famille. L’école publique accueille des millions d’élèves et de nombreux enseignants y accomplissent un travail essentiel dans des conditions difficiles. Mais lorsque les classes sont chargées, que les acquis fondamentaux restent fragiles et que l’accompagnement individualisé manque, les familles se tournent vers le privé ou les cours supplémentaires. Pour celles qui ne peuvent pas payer, que reste-t-il ? Entre résignation et marchandisation du soutien scolaire, une troisième voie est possible : des ateliers d’apprentissage solidaires, locaux et accessibles.

Extrait magazine

Lorsque la réussite dépend de la capacité à payer une école privée ou des cours particuliers, l’éducation ne joue plus pleinement son rôle d’ascenseur social. Liqae WAC propose d’explorer une réponse complémentaire : des ateliers collectifs abordables pour apprendre, reprendre confiance et mieux utiliser les outils numériques.


Une même salle de classe, des chances pourtant très différentes

Deux élèves peuvent suivre le même programme et ne pas disposer des mêmes possibilités de réussite.

L’un possède une chambre calme, un ordinateur, une connexion stable et des parents capables de l’aider. Il peut suivre des cours supplémentaires lorsque les explications en classe ne suffisent pas. L’autre partage son espace, utilise parfois le téléphone d’un proche, ne trouve personne pour répondre à ses questions et doit renoncer à la moindre aide payante.

Leur bulletin scolaire semblera mesurer leur « niveau ». En réalité, il mesure aussi une partie des ressources auxquelles chacun a accès.

Cette inégalité n’est pas le résultat d’un manque d’ambition des familles modestes. Beaucoup font des sacrifices considérables pour l’éducation de leurs enfants. Elle ne peut pas non plus être réduite à la responsabilité individuelle des enseignants. Des professeurs engagés travaillent chaque jour avec des classes nombreuses, des niveaux très hétérogènes et des moyens parfois insuffisants. Le problème est plus large : l’accompagnement dont un élève a besoin en dehors du cours dépend de plus en plus de la capacité de sa famille à le financer.

Le privé progresse, la confiance dans le public s’affaiblit

Pour de nombreuses familles, l’école privée est devenue synonyme de suivi, de discipline, de langues étrangères et de meilleures perspectives. Cette image n’est pas toujours conforme à la réalité : toutes les écoles privées ne se valent pas, et le public compte des établissements et des enseignants remarquables. Mais la perception influence les décisions.

Les familles qui le peuvent paient. D’autres consacrent une part disproportionnée de leur revenu à la scolarité. Certaines doivent choisir entre plusieurs besoins essentiels. Et celles qui n’ont aucune marge financière observent la distance se creuser.

L’éducation risque alors de fonctionner à plusieurs vitesses : l’enseignement ordinaire pour tous, puis une couche supplémentaire de soutien, de langues, de préparation aux examens et de compétences numériques pour ceux qui peuvent l’acheter.

Ce phénomène nourrit un cercle dangereux. Plus les familles qui en ont les moyens quittent l’école publique ou organisent autour d’elle un système parallèle, plus la confiance collective s’érode. Pourtant, une société ne peut pas construire durablement son avenir en abandonnant l’idée d’une éducation de qualité accessible à tous.

Quand la difficulté scolaire devient un marché

Le soutien scolaire peut être utile. Un élève peut avoir besoin d’une autre explication, d’exercices supplémentaires ou d’un accompagnement temporaire. Des enseignants et des étudiants sérieux fournissent un travail précieux et méritent une rémunération juste.

Le problème commence lorsque les cours supplémentaires ne sont plus une aide ponctuelle, mais une condition presque normale pour suivre le programme. La famille paie alors une deuxième fois pour combler ce que l’élève n’a pas pu consolider ailleurs. Plus les examens approchent, plus la peur de l’échec augmente — et plus cette peur peut devenir un argument commercial.

Dans ce marché, la quantité d’heures remplace parfois la qualité pédagogique. On mémorise une méthode pour obtenir une note, sans nécessairement comprendre. On résout les devoirs à la place de l’élève. On promet des résultats rapides. Les jeunes apprennent à dépendre d’un accompagnateur au lieu de devenir progressivement autonomes.

La bonne question n’est donc pas : « Faut-il être pour ou contre les cours particuliers ? » Elle est plutôt : comment garantir que chaque jeune puisse recevoir l’aide dont il a besoin, sans que le revenu de sa famille décide de son avenir ?

L’inégalité ne concerne pas seulement les matières scolaires

Aujourd’hui, réussir demande davantage que connaître une leçon. Il faut savoir organiser son travail, comprendre une consigne, rechercher une information fiable, présenter une idée, utiliser un ordinateur et apprendre de façon autonome.

L’arrivée de l’intelligence artificielle ajoute une nouvelle fracture. Certains jeunes apprennent à s’en servir pour demander une explication adaptée, vérifier leur compréhension ou améliorer un texte. D’autres l’utilisent seulement pour copier une réponse — ou n’y ont pas accès du tout. L’outil qui pourrait démocratiser l’apprentissage peut ainsi renforcer les écarts s’il n’est pas accompagné d’une véritable éducation numérique.

Offrir un mot de passe ou une application ne suffit pas. Un jeune a besoin d’un cadre, de méthodes, de dialogue et d’un adulte de confiance qui l’aide à comprendre ses erreurs.

Une troisième voie : les ateliers d’apprentissage solidaires

Entre l’inaction et la privatisation intégrale du soutien, il existe une voie locale et collective.

Des associations, bibliothèques, centres culturels, établissements, étudiants, enseignants, professionnels et membres de la diaspora peuvent unir leurs compétences. Une salle inutilisée le samedi peut devenir un espace d’apprentissage. Un étudiant en sciences peut animer un club de mathématiques. Une ingénieure peut expliquer comment rechercher une information et utiliser l’IA avec esprit critique. Un enseignant retraité peut aider des jeunes à reprendre confiance dans la lecture.

L’objectif n’est pas de créer une école parallèle ni de remplacer l’enseignant. Il est d’offrir un complément accessible, en petits groupes, centré sur la compréhension et l’autonomie.

Ces ateliers pourraient prendre plusieurs formes :

  • Apprendre à apprendre : planifier sa semaine, mémoriser, lire une consigne et préparer un examen ;
  • Club maths et sciences : comprendre par la pratique, poser des questions et résoudre des problèmes ensemble ;
  • Français, arabe et anglais en situation : lire, discuter, écrire et présenter plutôt que réciter ;
  • Numérique et IA responsables : rechercher, vérifier les sources, protéger ses données et utiliser l’IA sans tricher ;
  • Espace devoirs accompagné : travailler dans un lieu calme avec une aide disponible ;
  • Ateliers pour parents : soutenir son enfant sans pression excessive et sans faire le travail à sa place.

Ce que Liqae WAC peut apporter

Liqae WAC — Workshops, Academy & Community — peut servir de passerelle entre les besoins locaux et les personnes prêtes à transmettre leur savoir.

La plateforme peut rendre visibles les ateliers, leurs objectifs, leurs dates, leurs lieux, leur langue, leur capacité et leurs conditions d’accès. Elle peut aussi relier un contenu utile publié dans Liqae Magazine à une activité réelle : un article sur les méthodes d’apprentissage peut conduire vers un atelier dans une ville ; un guide sur l’usage responsable de l’IA peut devenir une rencontre pour adolescents et parents.

Mais la technologie n’est que l’infrastructure. La confiance se construit sur le terrain. Pour travailler avec des mineurs, chaque programme doit prévoir des intervenants identifiés, un cadre de comportement, une supervision claire, l’autorisation parentale lorsque nécessaire, la protection des données et des règles strictes concernant les photos et les contacts privés.

La qualité doit également être visible : objectifs simples, groupe de taille raisonnable, animateur compétent, matériel adapté et évaluation par les participants. La solidarité ne doit jamais signifier une pédagogie de seconde classe.

Accessible ne veut pas forcément dire entièrement gratuit

La gratuité est indispensable pour certains publics, mais elle ne constitue pas toujours le seul modèle durable. Un programme peut combiner plusieurs mécanismes : ateliers financés par une association ou une entreprise, contribution symbolique, tarif solidaire, places prises en charge et rémunération raisonnable des animateurs.

L’essentiel est que l’argent ne devienne pas une barrière. Les modalités d’aide doivent rester discrètes afin qu’aucun enfant ne soit publiquement désigné comme « pauvre » ou « bénéficiaire ». Tous participent au même atelier avec la même dignité.

Un partenaire peut financer une salle, du matériel ou un groupe entier. Un professionnel de la diaspora peut intervenir à distance. Un étudiant peut donner du temps tout en recevant ses frais de déplacement. Plusieurs petites contributions peuvent produire un résultat concret sans transformer l’initiative en marché de la peur scolaire.

Commencer petit pour construire quelque chose de crédible

Les grandes promesses fragilisent souvent les bonnes idées. Un premier programme réaliste pourrait réunir douze à quinze adolescents pendant quatre samedis autour d’un thème : « Apprendre à apprendre : méthodes, confiance et outils numériques ».

À la fin, chaque participant devrait repartir avec un plan de travail personnel, des méthodes testées, une meilleure compréhension de l’usage de l’IA et la possibilité d’identifier ce qui l’aide réellement à progresser. Les retours des jeunes et des parents permettraient ensuite d’améliorer le format avant de l’étendre.

La réussite ne se mesurerait pas seulement par une note. Elle se verrait aussi lorsqu’un jeune ose poser une question, comprend enfin une notion, sait organiser sa semaine ou découvre qu’il est capable d’apprendre.

L’éducation est une responsabilité partagée

L’État demeure responsable de la qualité et de l’équité du système éducatif. Les initiatives citoyennes ne doivent ni masquer les insuffisances structurelles ni servir de prétexte au désengagement public. Mais attendre une réforme complète ne doit pas empêcher d’agir aujourd’hui à l’échelle d’un quartier, d’une association ou d’une ville.

Le Maroc possède déjà les ressources humaines nécessaires : enseignants engagés, étudiants, parents, professionnels, retraités et diaspora. Ce qui manque souvent, c’est un cadre fiable pour les mettre en relation autour d’un besoin précis.

Lorsqu’un enfant comprend que ses difficultés ne définissent pas son intelligence, quelque chose change. Lorsqu’une famille découvre qu’un accompagnement de qualité n’est pas réservé aux plus aisés, quelque chose change également. Et lorsqu’une communauté considère le savoir comme un bien à partager, l’éducation redevient une promesse collective.

Apprendre ne devrait jamais être un privilège. Avec Liqae WAC, nous voulons contribuer, pas à pas, à en faire une possibilité réelle pour davantage de jeunes.

Appel à participation

Vous êtes enseignant, étudiant, association, établissement, bibliothèque, entreprise ou professionnel de la diaspora ? Vous disposez d’un savoir, d’un lieu, de matériel ou de quelques heures à partager ? Liqae souhaite identifier des partenaires pour un premier atelier pilote d’apprentissage solidaire.

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